Prévention des morsures

Prévention des morsures : 
éducation des chiens et des maîtres

On ne laisse pas sans surveillance des enfants avec des chiens

Quand on pense prévention des morsures, on pense aux situations à risque à éviter, à l'observation des signes précurseurs manifestés par les chiens.
L'éducation des chiens et des maîtres en amont est aussi essentielle.

Dès l'école des chiots, on doit surveiller que les jeux ne dégénèrent pas, s'interposer si nécessaire quand un chiot devient victime au lieu de partenaire de jeu. Autrement, c'est l'école de l'agressivité, soit que le chiot apprenne à régler ses problèmes avec ses dents, soit qu'il devienne peureux et on sait que la peur engendre des comportements dangereux.

Pour un chien adulte, il ne faut pas empêcher son chien de grogner : il prévient son maître et l'autre chien. Si on lui dit "non" la prochaine fois, il attaquera directement sans prévenir personne. À la place de "non", il est préférable de lui dire "décroche" et de fixer son attention avec des friandises tout en l'éloignant de « l'ennemi ».

Très souvent, avant une prise de bec, il y a eu des signes précurseurs : lire son chien est possible et indispensable grâce aux signaux d'apaisement, d'autant plus qu'on peut tout à fait en produire pour l'apaiser par anticipation quand on reconnaît une situation potentiellement problématique.

Certains chiens ne sont pas très sociables, facilement grognons, revêches, irritables, anxieux ou malades ... leur maître le sait et évite les rencontres. Il faut respecter le non désir du maître de fraterniser avec votre toutou "si gentil avec tout le monde". Il me semble qu'à une époque, un ruban jaune sur la laisse était préconisé pour signaler le cas. Si un maître retient son chien pour éviter la rencontre, respectez ce choix : Une parole courtoise de loin et on poursuit son chemin.

Enfin, il est indispensable de dire et répéter qu'un chien est un chien, que la confiance qu'on lui accorde n'est jamais une garantie. L'excès de confiance est trop fréquent.
Même envers notre chien avec toutes ses qualités. Car même sans intention agressive du chien, des accidents peuvent survenir.
On éduque les chiens à agir calmement, à prendre la nourriture posément ... On éduque les enfants à respecter les chiens, à demander l'autorisation avant d'agir vers eux ... Mais surtout :
On ne laisse pas sans surveillance des enfants avec des chiens. 

Après l'accident ...

Le site chien-visiteur.fr s'efforce d’œuvrer pour la prévention des morsures, un important dossier est à votre disposition sur cette page
Il nous est apparu qu'une réflexion était nécessaire lorsque malheureusement, un accident s'est produit.

Un chien est un chien et le sera toujours quoi qu'on fasse, il réagit en chien et on ne peut pas, on ne doit pas le blâmer pour ça.
L'accident est survenu parce que dans la logique canine, le chien n'avait que cette ressource. Mais nous humains ?

Souvent, les chiens gèrent leur conflit eux-mêmes par des démonstrations impressionnantes pour nous, mais qui ne sont pas des attaques réelles, que de la gueule !
S'en mêler est délicat, l'équilibre est précaire ... Va-t-on calmer le conflit ou au contraire le renforcer ?
Et il arrive qu'un coup de dent parte ou pire une agression se déclenche si aucun des deux ne décide de faire allégeance à l'autre, ou si le comportement de prédation s'est mis en œuvre.

Au moment de l'accident, que celui-ci concerne un chien et un humain ou deux chiens (ou plus) ou un chien et d'autres animaux, c'est pour les humains une explosion d'émotions très fortes voire violentes, autant pour les personnes qui sont ou se sentent victimes que pour les personnes qui sont ou se sentent responsables de ce ou ces chiens et également pour les témoins liés ou non aux personnes présentes impliquées.
Sous le coup de l'émotion, on affirme des responsabilités, on invective souvent, on s'effondre aussi ... on ne maîtrise pas grand chose.

L'urgence objective est de maîtriser le ou les chiens, les séparer et les isoler, analyser les blessures éventuelles des humains, des chiens, les autres dégâts, et organiser les secours ou au moins les soins nécessaires.        Il est, heureusement d'ailleurs, beaucoup d'accidents sans blessures, d'incidents qu'on préfère oublier ... mais l'impact, un vrai choc émotionnel, n'en est pas pour autant négligeable. Le coup de gueule de deux chiens sans réel contact constitue pour nous humains un accident, même si les chiens retrouvent finalement leur calme tandis que nos émotions sont encore fortes.

La plupart des accrochages entre chiens sont brefs, malgré les dégâts occasionnés : un coup de dents rapide, une déchirure, c'est vite fait et très impressionnant.

Dans une bagarre de chiens qui dure, s'interposer et prendre soi-même un coup de croc involontaire, c'est périlleux. Jeter de l'eau, un jet c'est encore mieux, mais encore faut-il avoir ça sous la main ... Tirer en arrière l'animal par la queue ? attention au retournement instinctif du chien et au coup de dent réflexe. Mieux, tirer les deux pattes postérieures ...
Il existe aussi un spray spécial stop bagarre qui émet un jet d'air sous pression très bruyant qui inquiète et arrête les belligérants. Un jet d'objets pour faire du bruit pour détourner l'attention des chiens, c'est peut-être une solution dans l'urgence.
Le but premier est d'arrêter la bagarre.    (votre avis m'intéresse)

Ensuite, bien évidemment, il faut s'occuper des humains, puis des chiens, et enfin des autres dégâts.

  • Pour les humains, faire examiner les blessures, une morsure fait très mal, même sans perforation, faire désinfecter, recoudre s'il le faut ... ce n'est heureusement pas toujours du ressort du SAMU, mais il ne faut rien négliger.
  • Pour les animaux, même sans perforation, des blessures internes peuvent avoir des conséquences extrêmes, c'est du ressort du vétérinaire. Dans la majorité des cas, fort heureusement, ces actions vont pouvoir se mettre en œuvre par chaque personne de façon autonome ...

Hormis l'urgence absolue, cette phase se mélange, dans l'émotion toujours présente, avec celle de l'échange des identités et coordonnées des personnes impliquées et des témoins et du constat des circonstances.

Il faut noter qu'une déclaration officielle est obligatoire en cas de morsure sur humain, même dans le cadre familial. 

Lors d'un accident de la route, on est énervé ou choqué par l'accident, on sort le constat amiable, on s'efforce de remplir le questionnaire commun et on sait qu'on complétera ensuite individuellement sa partie selon sa propre version. Dans de nombreux accrochages où la tôle a seule souffert, on peut même remplir ensemble le constat calmement ...
Dans un accident concernant nos animaux, relever les coordonnées des acteurs et témoins, constater les circonstances de l'accident, tout cela se fait rarement sans que fusent de part et d'autre des affirmations de responsabilité plus ou moins fondées car l'émotion reste très forte.
On est sur place et l'accident est vécu sans recul, c'est compréhensible.

La suite se déroule chacun de son côté plus tard ...
En principe, les personnes sont assurées et les préjudices matériels seront réglés.
La perte d'un compagnon ne se guérira pas de cette façon, on le sait bien.
Mais c'est surtout le temps où les responsabilités et les témoignages se mettent à diverger, et l'émotion de l'accident est transformée en un assemblage parfois virulent et pas toujours maîtrisé.

Un tel accident entre personnes qui ne se connaissent pas se réglera grâce aux assurances et un certain apaisement viendra avec le temps et le soutien des proches.
Quand les personnes se connaissent, et pire paradoxalement dans le monde cynophile, le monde se scindera souvent entre clans partisans et un silence suspect étouffe hélas trop souvent toute réflexion ... La situation pourrit lentement, personne n'est apaisé et surtout aucune réflexion ne vient contribuer à comprendre les circonstances de l'accident, à prévenir de nouveaux accidents.

Je crois qu'au contraire, loin des accusations schématiques de responsabilité, il faudrait qu'une réflexion collective soit organisée, non seulement en médiation nécessaire entre les désormais adversaires, mais comprendre ensemble les circonstances de l'accident, dégager ce qui peut être fait à l'avenir pour prévenir de nouveaux accidents.
Le poids d'une responsabilité reconnue intérieurement empêche parfois de réagir et de reconnaître ce qui pose problème, et entraîne d'autres prises de risques par ce déni qui n'est que l'impossibilité de reconnaître complètement cette responsabilité.

La peine ressentie par une victime peut être un peu apaisée par un échange plus sincère de part et d'autre ...
Une réparation réelle consiste à faire entendre à l'autre la peine qu'on ressent, de même une responsabilisation efficace visant à supprimer des attitudes risquées consiste à entendre cette peine exprimée par l'autre ... Il ne s'agit pas de sanction, ni de condamnation, mais de prise de conscience des risques induits de certains comportements, prise de conscience indispensable pour les modifier.

Car, enfin, les cas où un chien est sciemment utilisé comme arme sont très rares, et la plupart des accidents relève, eux, d'une imprudence, d'une négligence, d'une méconnaissance du comportement canin, d'un excès de confiance, causes d'une inconscience des risques pris ou simplement encore d'une baisse de vigilance parce que ce jour-là n'était pas un bon jour ...

Il est rare que les protagonistes puissent se rencontrer sereinement, parfois les proches jettent involontairement de l'huile sur le feu en plus ... La médiation d'un groupe permet de dégager des expériences et des ressentis multiples.
Dans le cas d'une agression grave, trop souvent, il est impossible de réconcilier les maîtres : personne n'arrive à se remettre en question, donc chacun est victime de l'autre et probablement que tout le monde est un peu coupable sans le vouloir et tout à fait inconsciemment.
C'est pourquoi je crois qu'une réflexion collective large peut permettre non seulement une gestion du conflit, humaine et raisonnable, mais aussi quelques pas positifs pour éviter que d'autres accrochages surviennent ... Tirer un enseignement d'un accident, c'est ce qui peut arriver de mieux.
Et en affrontant ensemble la douloureuse expérience de l'accident, on rencontre l'autre de façon profondément humaine, l'autre qui est un peu soi.Après l'accident ...

loi du 20 juin 2008

En cas de morsure dont la victime est humaine, la loi impose qu'une déclaration soit faite, même si c'est dans le cadre familial, même si ce n'est qu'une "petite" morsure (là, il faut quand même prendre en compte les conséquences psychologiques, même pour une morsure légère !).
C'est la loi du 20 juin 2008.
Un suivi vétérinaire est aussi imposé au chien, petit ou gros, cela ne change rien.

Beaucoup de propriétaires de chiens ignorent cette loi, mais elle est très importante parce qu'une morsure ne concerne pas seulement le propriétaire du chien et la victime.

État des lieux de l’accidentologie liée aux morsures canines

D’après le centre de documentation et d’information sur les assurances (CDIA), il y aurait chaque année en France 500 000 morsures causées par des chiens sur des humains, et pour 60 000 d’entre elles, des soins hospitaliers sont nécessaires. Cependant nous pouvons estimer que moins d’une morsure sur deux est réellement déclarée et ne donne pas suite à une consultation médicale. Donc dans la réalité ce chiffre peut raisonnablement être doublé. 1 million de morsures par an ? Ce chiffre parait très élevé, mais il faut le mettre en comparaison avec d’autres chiffres : près d’un foyer sur deux possède un animal domestique et on comptabilise 7,26 millions de chiens dans l’hexagone.

La plupart des morsures sont fort heureusement de faible gravité. Il y a chaque année entre 0 et 2 décès de suites d’attaques canines. Les victimes sont principalement les enfants : 70 % des morsures concernent des enfants de moins de 10 ans. Et dans 65,2 % des situations le chien faisait partie de l’entourage de l’enfant (chien de la famille, d’un voisin…). Les attaques se produisent la plupart du temps quand l’enfant et le chien sont laissés seuls sans surveillance.

Le législateur a eu la volonté de protéger les personnes en catégorisant certains chiens dits « chiens dangereux », selon leurs races ou origines, et en imposant à leurs maîtres des conditions de détention (entre autres : permis de détention sous condition, formation du maître, contrôle comportemental du chien…). La première loi date du 6 janvier 1999, elle a ensuite été renforcée par d’autres lois. Ces dispositions se veulent préventives mais également répressives. Ces lois ont fait baisser le nombre des chiens qu’elles désignaient comme « dangereux » mais n’a visiblement pas fait baisser le nombre de morsures (tous chiens confondus).

La loi du 20 juin 2008 prévoit un protocole obligatoire en cas de morsure : le propriétaire du chien doit déclarer les faits à la mairie de son domicile. Le chien doit être soumis à un contrôle sanitaire qui correspond à trois visites chez le vétérinaire (24h, 7 jours puis 15 jours après la morsure). Le vétérinaire devra lui aussi déclarer la morsure au maire mais également à la société centrale canine pour enregistrement. Enfin le chien doit subir une évaluation comportementale qui sera portée à la connaissance du maire. Cependant peu de propriétaires de chiens sont informés de ces obligations, ou alors ils pensent qu’elles ne concernent que les morsures faites à quelqu’un extérieur à la famille, ce qui n’est pas le cas. " 

(Mémoire d'Isabelle pour le DU RAMA)

Formation prévention des morsures

prévention des morsures
Article de L'Eclaireur du 13 mars 2015 page 16

Formation de Philippe Sarelot dans un club canin à Châteaubriant (44).

Quand on vit la morsure ...

Quel titre donner à cet article et à cette rubrique ? et pourquoi raconter ces coups de dents qui traumatisent toujours ?
Quand on vit une morsure, on est soit spectateur, soit impliqué, mais un traumatisme existe qu'on le nie ou l'amplifie.

Je voudrais donc raconter, en tentant de peser les avants, les après, un vécu à prendre comme un témoignage.
Je ne suis pas expert (et je me méfie de qui prétend l'être), je n'apporte que mon expérience par mes chiens, ma sensibilité humaine et mon empathie.

Qu'en ferez-vous ?
collectionner des faits divers, si cela vous intéresse ...
réfléchir avant, aborder vos relations avec la gent humaine et la gent canine avec plus de respect, voilà ce que j'espère ...
partager avec moi et le site vos propres réflexions aussi peut-être ?

Ne pas parler des morsures ne supprime pas leur apparition ... si en parler peut prévenir des traumatismes, cette rubrique ne sera pas inutile.

Ce sont, soi-disant, toujours les autres, notre chien, lui, est parfait ...
J'essaie d'être honnête et reconnaître la naïveté dont on fait preuve, les risques qu'on prend de façon inconsciente ... avant d'être plus conscient et d'anticiper les problèmes. Chacun évolue. On, c'est moi, c'est d'autres ...

Je ne donne pas de leçons, je revendique le droit à l'erreur, avec une évolution ...
Le silence honteux qui entoure les morsures ne permet pas d'y réfléchir.

De plus, dans tous les cas cités, et c'est ainsi que cela s'est passé, les conséquences ont été assumées.
Difficile de dire qu'il s'agit d'une attitude irresponsable.
Je crois que bien des conduites potentiellement dangereuses ne conduisent pas à l'accident grâce seulement à un petit coup de chance :
toutes les situations dangereuses ne tournent pas au drame, heureusement !
Apprendre aux gens à ne pas se mettre en situation à risques est l'objectif :
on pourra toujours après une morsure incriminer l'inconscience des uns ou des autres,
mais seule la connaissance des attitudes dangereuses, la compréhension de ce que nous disent les chiens et le respect de leurs besoins fera diminuer le nombre de situations à risques et par conséquence le nombre de morsures ... qui sont toujours des traumatismes.

Une première expérience

Circonstances : chien humain (enfant)
Nous sommes avec mon père en visite chez ma grand-mère. J'ai une douzaine d'années, ma petite sœur deux ou trois ans : la chienne de ma grand-mère, une petite loulou de Poméranie (plus grosse que le standard actuel, dans mon souvenir) a attrapé la balle et ne sait pas lâcher ce qu'elle tient. Ma petite sœur, forcément inexpérimentée, saisit la balle et reçoit un pinçon au ventre.

Réactions : Mon père et ma grand-mère ont examiné ma petite sœur et ma grand-mère a déclaré qu'"il n'y avait qu'un pinçon" et j'ai essayé de consoler ma petite soeur. Pas de conséquence pour la chienne. Ma sœur n'a pas conservé de traumatisme à ma connaissance

J'étais témoin, mineur à plus d'un titre. J'ai pensé à l'époque qu'on ne prenait pas en compte la douleur de ma petite sœur et que ma grand-mère se protégeait en minimisant l'accident. Par ailleurs, ma grand-mère n'était jamais particulièrement tendre avec sa petite-fille et sa chienne incapable de maîtriser son instinct de prise de la proie.
J'ajoute aujourd'hui que la chienne vivait exclusivement avec ma grand-mère et ne côtoyait pas d'enfant jeune.

Action de jeu

Circonstances : chien humain (maître inexpérimenté et jeune chien)
Je vais atteindre la trentaine et mon premier chien a bientôt huit mois, c'est un jeune husky et je chahute avec lui. Il saute et attrape ma lèvre inférieure.

Réactions : Ça fait mal, mais j'ai le sentiment que c'est une maladresse, une erreur d'appréciation des distances. J'arrête le jeu, je ne manifeste aucune réaction au chien.

Un jeune chien ne gère pas parfaitement son excitation et un maître inexpérimenté ne sait pas prévoir.
Je n'avais côtoyé que la chienne de ma grand-mère, au caractère particulier, mais je me sentais totalement en confiance et respect avec mon chien.

Le chien des villes en vacances

1-été
Circonstances : chien ovins
La veille, nous discutions avec le voisin proche, cultivateur. Il nous a mis en garde : tous les chiens vont aux moutons ... Même les chiens de berger ! eux vont simplement sur d'autres troupeaux que le leur, nous dit-il. Notre husky a huit mois. Je me promène avec mes deux fils, presque trois ans et sept, huit mois, avant leur sieste. Le chien furète libre devant nous. Il saute en contrebas d'une haie (mur de pierre et épineux) et effectue une manoeuvre circulaire autour du troupeau avant d'isoler une brebis. Mes cris n'y font rien. Je ramène les enfants à la maisonnette à quelques centaines de mètres et je me dirige dans le pré vers mon chien occupé à manger sur la bête morte.

Réactions : Je prends mon chien et le corrige, une raclée sévère dûe à ma détresse. Je pars chez le cultivateur qui me répète calmement que tous les chiens font ça, qu'on va faire marcher l'assurance. Il ajoute que même si le chien n'avait pas tué ni même mordu, le fait de faire courir les brebis en pleine chaleur leur est extrêmement préjudiciable. Affaire réglée entre assurances.
Par la suite, ici, mon chien dehors est en laisse ou à la chaîne. Près de nous. Bons rapports avec le cultivateur.

2- hiver
Circonstances : chien ovins
La campagne est enneigée et gelée. Je crois que les brebis sont à l'exploitation par ce froid. De retour de promenade, les chiens exceptionnellement détachés, la chienne croisée chowchow revient, mais le husky ne revient qu'au matin avec des traces suspectes sur le pelage. Remise en chaîne et je me rends chez le cultivateur qui découvre plusieurs brebis attaquées : l'une est blessée et encore vivante, à une autre morte il manque tout un gigot, les autres sont égorgées sans autre attaque. Six brebis seront abattues dont la blessée, impropre à la consommation.

Réactions : Affaire réglée entre assurances. Toujours bons rapports avec le cultivateur.
Par la suite, il n'y aura plus de carnage, les chiens seront en laisse ou à la chaîne ou à l'intérieur.

Difficile vécu de cette responsabilité indéniable. Les chiens plus ou moins errants sont responsables de plus d'attaques que les loups. À mon affolement intérieur du gâchis, dont je suis la cause par ma naïveté irresponsable, répond le calme de ce cultivateur pragmatique et sans rancune.

En allant au travail

Circonstances : chien humain
Un matin tôt, banlieue pavillonnaire de ville nouvelle. Je me rends à pied au collège où je travaille en changeant légèrement mon itinéraire. Un cocker traverse la rue, aboie dans mon dos et me mord le mollet par derrière. Je lui balance mon cartable et le chasse. Un accroc au pantalon, mais pas de saignement. La douleur est forte tout de même.

Réactions : Je ressens l'agression et j'en suis assez choquée. Je ne sais pas exactement d'où vient ce chien et je ne cherche pas. Je sais tout de même que je l'ai déjà aperçu et que ses maîtres résident certainement dans l'une des maisons devant lesquelles je passe. Je continue mon chemin.

Parcours inhabituel pour moi à cette heure matinale où le chien semblait se croire chez lui dans un territoire élargi. Je me suis sentie agressée et la douleur est forte. Je n'avais jamais eu de problème avec un chien "errant".

Je ne prends pas en compte, ici, les effets de surprise, désagréables ! d'un chien qui débouche brusquement d'un fourré en aboyant agressivement, ou qui surgit derrière une clôture ... Je ne mentionne que les attaques effectives.

Promenade vespérale en banlieue ville nouvelle

Circonstances : chien chat
Un ou deux chats cohabitent sans souci avec mon chien et ma chienne. Nous promenons longuement les chiens le soir après que les enfants soient couchés. Devant nous, une dame promène son chien et son chat les suit, comme à leur habitude. (Cela nous est aussi arrivé.) Les chiens se lancent à sa poursuite, le chat se réfugie dans un arbre, malheureusement récemment planté et trop frêle qui ploie jusqu'à la gueule du chien : le chat agrippé est cueilli sans effort par mon chien. Je lui fais lâcher. Tandis que mon conjoint ramène les chiens à la maison, j'accompagne cette dame à son domicile très proche et lui propose de la conduire chez le vétérinaire. Le vétérinaire diagnostique une perforation du poumon et le chat décède dans la nuit.

Réactions : Beaucoup de tristesse de cette dame, désarroi de ma part, compréhension et sentiment d'irréversibilité. J'ai réglé les frais. Cela paraît dérisoire.

Pas d'agressivité après l'accident, mais sentiment très fort d'un dommage irréparable.

Jeux de ballon

Circonstances : chien enfant
Mon fils d'une dizaine d'années est à l'entraînement de foot. Un chien inconnu déboule sur le terrain pour attraper le ballon. Les enfants s'écartent, mais contrairement à ses camarades, mon fils habitué à nos deux chiens veut saisir le ballon. Il est mordu. Le moniteur s'occupe de lui. Mon fils me raconte ce qui s'est passé au retour de l'entraînement.

Réactions : La morsure n'a pas coupé la peau, mais le traumatisme persiste : mon fils a conservé une crainte des chiens non connus , surtout s'ils sont un peu exubérants.

Je n'étais pas présente, j'ai écouté mon fils, nous en avons parlé ... mais le traumatisme existe encore bien que non handicapant.

Une promenade dominicale

Circonstances : chien caprin
Je n'ai jamais lors de mes nombreuses promenades autour de chez moi repéré le moindre risque dans ces bois où je me promène avec ma chienne husky libre et proche de moi. Je débouche vers un lieu accessible en voiture et très fréquenté. Ma chienne disparaît un moment et ressort du fourré à la poursuite d'une chèvre. J'essaie de rattraper ma chienne avant tout et essuie des commentaires très agressifs des promeneurs. Je rattrape ma chienne, la rattache et demande à qui je peux laisser mes coordonnées.

Réactions : Le propriétaire du hangar me contacte et vient à mon domicile : la chèvre est un peu handicapée depuis longtemps et se trouvait avec d'autres en pleine santé dans le hangar fermé que je n'ai pas vu. Elle va bien. Il me propose de faire un don à la société de chasse. Ce qui est fait.

Au traumatisme que représente l'agression du chien, vécu par le propriétaire du chien comme par les spectateurs surpris et impuissants, s'ajoutent les jugements péremptoires et agressifs.
J'ai essayé de prendre du recul, mais intérieurement la tension était forte. L'explication avec le propriétaire était ensuite tout à fait civile.

Jeux d'enfants

Circonstances : chien enfant (très jeune)
Je suis partie pour un soin avec mon conjoint en laissant à la maison mes enfants avec ma sœur, ma nièce et ma mère en visite, dont donc deux adultes, presque trois, et mes chiens.
Pendant que les autres finissent leur petit déjeuner au salon, ma fille de 9 ans joue dans sa chambre avec sa cousine de 3 ans, le chien les a accompagnées et s'est couché près d'elles.
En revenant, je trouve la voiture des pompiers. Mon chien golden retriever a mordu ma nièce. Aux cris, mon grand fils est intervenu, a saisi le chien qui secouait le cou de la petite. Beaucoup de sang.
Mon conjoint reste et démêlera ce qui s'est passé. J'accompagne ma sœur et ma nièce à l'hôpital.

Réactions : Je suis la voiture des pompiers en plein désarroi et questionnement. De même dans la salle d'attente. J'apprends qu'il s'agit d'une coupure du cuir chevelu. Je pense au traumatisme de ma nièce et de ma sœur. Je règle les frais. Au retour, en voiture, j'apprends des bribes, je me demande si le chien doit être piqué.
Ma nièce sera la première à récupérer du traumatisme, ma sœur le dépassera bien avant moi. Mon conjoint et le vétérinaire m'ont aidé à comprendre la réaction de mon chien qui n'a pas été jugé agressif ni piqué.

En principe, le chien n'a pas le droit d'entrer dans les chambres. Nous avons déjà expliqué à ma fille de 9 ans que le chien obéit à ses ordres pour lui faire plaisir, mais qu'elle ne le maîtrise pas. Sa cousine de 3 ans connaît les chiens, elle en a deux à la maison. Nous avons reconstitué ce qui s'est passé grâce à ma fille.
La petite a voulu poser sa tête sur le flanc du chien, comme elle le fait chez elle. Le chien a un peu grogné, la petite a relevé sa tête et était prête à abandonner cette posture, mais ma fille a grondé le chien qui s'est tu. Encouragée, la petite a réessayé, le chien a grogné de nouveau. Ma fille l'a grondé de nouveau plus fortement. Au troisième essai, le chien s'est levé, a saisi le cou de la petite et l'a secoué.
Un des crocs de mon chien était cassé, le cuir chevelu a été coupé et le sang a coulé. En même temps, les deux filles ont crié et mon fils est arrivé.
Pour le vétérinaire, le chien n'a pas été agressif, il a prévenu à plusieurs reprises, car ce qu'on lui proposait n'est pas acceptable pour beaucoup de chiens. De plus, sa prise en gueule est restée tout à fait maîtrisée, seule sa dent cassée a causé la coupure. Secouer le chiot est un mouvement que la chienne fait naturellement pour corriger un petit.
Pour ma soeur et pour moi, il apparaît au début qu'un chien qui a mordu l'humain n'est plus fiable. La première réaction est donc de le faire piquer après la quarantaine.
Pour mon conjoint, les enfants sont restées seules avec le chien et là est la principale faute des adultes, le chien a réagi en chien, ma fille n'a pas respecté l'interdiction de la chambre pour le chien et croyait maîtriser le chien.
Mon conjoint et le vétérinaire ont sauvé mon chien et surtout m'ont permis de prendre conscience de la réalité d'un chien sans anthropomorphisme. Ma fille a un peu compris qu'à son âge, elle ne pouvait avoir d'ascendant réel sur le chien, malgré son obéissance.
Ma sœur et moi plus longtemps encore, nous avons gardé l'image traumatisante de l'enfant blessée.

Attention on ne sait pas tout

Circonstances : chien enfant
Un groupe d'enfants a joué avec ma chienne golden retriever, puis une petite fille de six sept ans et moi nous installons dans un petit local pour l'aider dans ses devoirs. La petite enjambe la chienne pour atteindre son cartable : la chienne la pince. Je regarde le pinçon et la petite m'assure que ce n'est rien. En voulant de nouveau l'enjamber, la chienne grogne. J'explique à la petite qu'il ne faut pas l'enjamber, je fais coucher la chienne en dehors du passage.
Je signale au directeur ce qui s'est passé.

Réactions : Les premiers enfants se sont échappés quelques minutes hors de ma vue avec la chienne. Je comprends plus tard que certains ont essayé de la monter comme un poney. Ce qui est inacceptable et dangereux pour un chien.
La petite a-t-elle participé ou est-elle au courant ? Avant cet épisode, et ensuite, la petite fille est très amie avec la chienne. D'ailleurs, à la séance suivante, j'ai apporté quelques friandises que la petite fille a pu donner à la chienne.

Nous ne connaissons pas toujours tout le vécu d'un chien : ainsi un de nos chiens est demeuré très peureux de l'orage et des feux d'artifice à cause de pétards du 14 juillet lancés dans notre jardin à côté du chiot qu'il était. Nous n'avons pas assisté à la scène, mais nous avons trouvé les papiers des pétards brûlés.
Pour un chien pris dans un refuge, c'est encore plus évident ...

Intervenir ou pas

Circonstances : (chien chien) ... chien humain
Nous sommes en promenade en famille. Un jeune chien épagneul déboule pour se faire caresser, mon chien golden retriever ne l'entend pas ainsi. Il est en laisse et ma belle-mère, âgée, essaie, appuyée sur sa canne, de séparer les deux chiens emmêlés. Ma chienne ne s'en mêle pas.
Je ne vois qu'une solution : séparer moi-même les deux protagonistes. Un coup de croc du jeune chien surpris d'être tiré en arrière me surprend au poignet, mais nous avons réussi. Les deux chiens n'ont pas de traces.

Réactions : Une fois les deux chiens séparés, on s'inquiète de mon bras. On m'accompagne pour quelques points à la clinique ... Une morsure fait toujours mal, les deux petites cicatrices ne m'inquiètent pas, je tranquillise surtout ma belle-mère qui, elle, m'a fait peur, penchée sur les chiens emmêlés, avec sa canne en plus, elle risquait de tomber ou d'exciter les chiens.

Pour des raisons particulières, mon chien n'a pu être socialisé correctement quand il est arrivé chez nous. Passé une période cruciale, il n'a pas récupéré une sociabilité parfaite : ce n'est pas un chien agressif, mais il vit mal ce qui se dirige vers lui. Il recule effrayé devant une main tendue, il se sent agressé quand un chien (ou même une poule) arrive directement sur lui. Il faut ne pas s'occuper de lui, l'ignorer et enfin à l'aise, il peut faire les premiers pas.
Quand un chien est en laisse, il est généralement moins libre de ses attitudes et par conséquent, les conflits sont plus fréquents entre chiens attachés qu'entre chiens en liberté. Les signaux d'apaisement sont un cérémonial de politesse qui permet aux chiens d'éviter les conflits lors de rencontres.
Dans le feu d'une action, un chien peut se retourner et mordre involontairement, c'est un risque très fréquent quand on veut séparer deux chiens. Il est souvent préférable de les laisser régler le conflit à leur façon : l'un se soumet, l'autre accepte la soumission.

S'il est vraiment indispensable d'intervenir et séparer deux chiens, les maîtres respectifs peuvent chacun tirer les pattes arrière de leur compagnon, on peut aussi les arroser (au jet par exemple), ou produire un bruit subit (bouteille remplie de gravillons) ...

Humeur de chiens

Circonstances : chien chien
Nous participons à un stage canin. Nous n'avons pas encore rencontré tous les maîtres et leurs chiens, mais nous avons croisé une jeune samoyède (de petit gabarit) à l'occasion de la première promenade hygiénique du matin et celle ci a grogné, ma jeune husky a grondé en réponse. Après une première partie théorique du stage, une pause permet aux chiens de se détendre ensemble. Je lâche ma jeune husky, très conciliante d'ordinaire, les maîtres de la samoyède attendent, connaissant leur chienne qui a besoin de temps pour être à l'aise avec les autres chiens de son club. Ils se laissent convaincre par les moniteurs et la libèrent.
L'espace est vaste. Quand les chiennes se rencontrent, elles s'observent un moment et d'un coup, le conflit éclate. Très bref. Ma husky se tient au-dessus de la samoyède. Et on les sépare.
On s'aperçoit alors que ma husky saigne. Elle a reçu un coup de croc dans la joue. Le véto posera une agrafe.

Réactions : Pour les maîtres de la jeune samoyède, c'est très traumatisant et ils ont peine à se recentrer sur le stage. J'essaie de les apaiser, c'est un coup de croc perdu, ça arrive.
Pendant le stage, j'essaie de gérer discrètement les saignements quand la plaie se rouvre à plusieurs reprises. Ma husky, après récupération de la tranquilisation du véto, n'y pense plus. Elle se fatigue pourtant des saignements répétés.
Avec les maîtres de la samoyède, nous échangeons nos coordonnées pour les assurances et nous nous consacrons au stage. Mais je ne comprends pas pourquoi ma chienne a été réactive, cela ne correspond pas à son comportement habituel.
Au deuxième matin du stage, je réalise que j'ai été très soucieuse pour ma fille avant le stage, ma participation a failli être remise en question. Et cette tension depuis un jour et demi explique les réactions déjà tendues de ma chienne dès la veille. Sans être agressive, elle n'était plus conciliante comme je la connais.
Comprenant la situation, je me suis détendue et j'ai fini d'apaiser les maîtres de la samoyède. Le stage est une réussite. Ma chienne portera une collerette, pour lui éviter qu'un coup de patte malencontreux relance le saignement.

Le chien est une véritable éponge affective. Il ressent nos tensions avant que nous en soyons conscients nous-mêmes. Entre chiens, ils détectent aussi les tensions et réagissent soit en agressivité s'ils ne sont pas sûrs d'eux, soit en apaisement des conflits quand ils sont en confiance. Ma chienne n'était plus capable de régler un conflit possible, elle a répliqué et fait ainsi monter la tension de la samoyède. Les deux chiennes, connaissant bien les codes canins, ont réglé le problème très vite. Le coup de croc perdu est accidentel.

J'ai bientôt soixante ans ; à part la chienne de ma grand-mère que je voyais enfant occasionnellement, je vis avec deux ou trois chiens (aujourd'hui quatre chiennes) depuis plus de trente ans : je me souviens d'une dizaine de morsures.
Il me semble important de réfléchir aux situations qui aboutissent aux morsures, reconnaître ces situations, transmettre aux enfants et à leurs parents les gestes à éviter, toujours enseigner le respect de chaque espèce et les moyens de se comprendre.

Une morsure est toujours un traumatisme, éviter ces traumatismes est un objectif important.

Je me répète, mais je crois que c'est important :

Ce sont, soi-disant, toujours les autres, notre chien, lui, est parfait ...
J'essaie d'être honnête et reconnaître la naïveté dont on fait preuve, les risques qu'on prend de façon inconsciente ... avant d'être plus conscient et d'anticiper les problèmes. Chacun évolue. On, c'est moi, c'est d'autres ...
Je ne donne pas de leçons, je revendique le droit à l'erreur, avec une évolution ...
Le silence honteux qui entoure les morsures ne permet pas d'y réfléchir.

De plus, dans tous les cas cités, et c'est ainsi que cela s'est passé, les conséquences ont été assumées.
Difficile de dire qu'il s'agit d'une attitude irresponsable.
Je crois que bien des conduites potentiellement dangereuses ne conduisent pas à l'accident grâce seulement à un petit coup de chance : toutes les situations dangereuses ne tournent pas au drame, heureusement !
Apprendre aux gens à ne pas se mettre en situation à risques est l'objectif :
on pourra toujours après une morsure incriminer l'inconscience des uns ou des autres, mais seule la connaissance des attitudes dangereuses, la compréhension de ce que nous disent les chiens et le respect de leurs besoins fera diminuer le nombre de situations à risques
et par conséquence le nombre de morsures ... qui sont toujours des traumatismes.


annuaire chien visiteur Pas de Calais

Un article paru dans le journal avenir de l'artois concernant la Prévention Aux Morsures par le club canin de Cambrin



Forum « Protégeons nos enfants – nous avons tous un rôle à jouer »

prévention des morsures avec des chiens visiteurs
Le samedi 21 mai 2016, à Ascoux (45),  le Relais Assistants Maternels (RAM) de la Communauté de Communes de Beauce et du Gâtinais (CCBG) a organisé un Forum « Protegons nos enfants, nous avons tous un rôle à jouer » où les Chiens Visiteurs du  club Éducation & Sport Canin St Brissonnais (ESC St Brisson) ...

... Lire la suite sur le site de la CNEAC